Partie 1 – Pourquoi la question se pose

Chapitre 1.a – Une crise qui n’en finit pas

« La reprise est là »
François Hollande


La France est un pays riche. Et qui le restera longtemps encore, même à ce rythme. C’est d’ailleurs l’argument principal de ceux qui pensent qu’une nouvelle révolution y est tout à fait impossible. Si l’Histoire montre que cette corrélation est au mieux tout à fait relative, voire inopérante, l’argument n’est pourtant pas à balayer d’un revers de main. Certes, depuis que le Royaume-Uni lui est passé devant, la France n’est plus que la sixième puissance mondiale ; mais lorsque les Français regardent vers le bas, il leur reste encore plusieurs milliards d’individus à plaindre avant de songer à se soulever. Son influence reste grande notamment car près de 275 millions de ceux-ci sont francophones, et ce chiffre continue d’augmenter1.

La France peut en outre se targuer d’avoir le deuxième espace maritime derrière les États-Unis, avec des îles dans tous les océans. Première destination touristique du monde, elle en est aussi la quatrième puissance militaire, une puissance atomique qui dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Précurseur et toujours acteur majeur des secteurs clés que sont l’aéronautique, l’automobile ou le cinéma, la France est aussi en pointe en médecine, en informatique, et dans tous les domaines de l’énergie grâce à l’important contingent d’ingénieurs de qualité qu’elle met sur le marché chaque année. Ses laboratoires de recherche, publics et privés, sont parmi les plus performants au monde. La puissance de ses grandes entreprises équilibre autant que possible la faiblesse de ses PME, pendant qu’un système social généreusement redistributif garantit une population relativement calme, stable et en bonne santé. Mais décrire une situation passée et présente ne suffit pas, il faudrait aussi parler des formidables défis modernes auxquels la France fait face, et pour lesquels elle est l’un des pays les mieux armés, en matière d’énergie (stockage, chimie du végétal), de recyclage, dans le big data, la valorisation des mers ou la silver economy. Mais par-dessus tout, c’est son statut d’« hyperpuissance culturelle », selon le mot de Pascal Boniface, qui fait que la France reste un pays incontournable.

Dans ces conditions, pourquoi David Einhorn, le PDG du fonds d’investissement américain Greenlight, préconisait-il à partir d’octobre 2014 de shorter la France, c’est-à-dire parier à la baisse sur ses obligations souveraines ? Il donnait lui-même la réponse : « La France est trop fière pour se réformer ». Fière de son modèle social, of course, que les milieux financiers tiennent pour unique responsable d’un désastre budgétaire sans précédent, et auquel le nouveau président Macron se fait fort de tordre le cou. Mais engluée qu’elle est dans la dette comme dans des sables mouvants, chaque tentative de s’en dépêtrer n’a pour résultat que de l’y enfoncer encore un peu plus. Là où David Einhorn a cependant un train de retard, c’est que dans les faits, la France a perdu toute fierté. Un gouvernement socialiste a appliqué des réformes que la droite, même décomplexée, n’avait pas osé proposer, puis l’un de ses transfuges s’est proposé avec succès pour terminer le travail. Et c’est dans un silence ouaté et bienveillant que la Chine a dépassé la France pour la surface de ses vignobles. C’est sans aucune déploration publique que l’Allemagne a fait de même pour les exportations agricoles. Désormais, elle exporte notamment plus de fromages que la France. Un comble ! Au-delà de l’agriculture, les parts de marché internationales globales de la France ont été divisées par deux, de 6% à 3%, depuis dix ans. Le tableau idyllique commence à s’obscurcir, on s’y attendait. On sait déjà que les Français ne sont pas très heureux. Un institut a sondé le bonheur des habitants de la planète en 2012 : Colombiens et Afghans, entre autres, s’y disaient plus heureux que nous. Souvent, le bonheur consiste à combler un manque. Alors oui, la France est un pays riche, on ne le répétera jamais assez. Plus riche que beaucoup d’autres, pour le moment. Mais il semble que cela ne suffise plus.

Sujet principal des inquiétudes françaises depuis les années 1980, le chômage avait petit à petit perdu son rang au profit de l’insécurité, sans pour autant faiblir en termes concrets. Les annonces viriles et les gesticulations de Nicolas Sarkozy en 2007 autour du thème de l’insécurité, bien plus que leurs résultats concrets, avaient calmé les esprits et rendu au chômage cette funeste prééminence. Il la cèdera de nouveau, cette fois-ci au terrorisme, au gré de la progression de l’État islamique et de la multiplication des attentats commis en son nom sur le territoire français. L’injustice de mourir innocent supplantait au moins temporairement l’injustice du non-emploi. Mais si les médias, et particulièrement les chaînes d’information en continu, en entretiennent régulièrement les braises, la peur du terrorisme ne pourra jamais être aussi quotidienne et universelle que la crainte de se retrouver au chômage. On a franchi la barre des six millions de chômeurs toutes catégories confondues en 2017 (3,8 millions pour les seules catégories « officielles » à l’heure où ces lignes sont écrites), et un jeune sur cinq est d’ores et déjà concerné. Les concepteurs de l’ANI (Accord national interprofessionnel) promettaient en janvier 2013 que cet accord allait « sécuriser l’emploi ». Durant les deux années qui suivirent, ce sont pourtant pas moins de 250 000 nouveaux chômeurs qui sont venus compléter les listes. Le secteur industriel y contribue à un rythme soutenu : lorsqu’une usine ouvre, deux usines ferment, représentant 600 à 700 emplois perdus par jour. La France a vu disparaître la moitié de son potentiel industriel en 20 ans, et le taux de faillites y a atteint son niveau record.


Cette litanie de chiffres déprimants, que le travail de sape opéré par le gouvernement Macron ne saurait qu’infléchir à la marge, trouve ses origines à différents niveaux. La mondialisation tout d’abord – prosaïquement, l’abaissement des protections douanières –, qui place l’ouvrier à trente euros de l’heure face à celui qui n’en coûte que trois ou quatre, et encourage les délocalisations ou les créations de nouveaux sites directement à l’étranger. Selon un rapport de la Direction générale du Trésor et de la politique économique, 63% des destructions d’emplois industriels sont dues à la concurrence internationale, dans sa version débridée actuelle2.


Le deuxième facteur est endogène : un pays qui se développe génère naturellement des gains de productivité qui freinent la demande de travail s’ils ne sont pas soutenus par une croissance suffisante. Selon les calculs des uns et des autres, les gains de productivité français obligent le pays à obtenir entre 1,5 et 2,5% de croissance du PIB pour commencer seulement à les compenser et à créer réellement de l’emploi. L’économiste Pierre Larrouturou aime à rappeler que les gains de productivité font autant, sinon plus de dégâts que les délocalisations. Des délocalisations qui emportent tout de même avec elles environ 40 000 emplois chaque année. Les concessions faites par les salariés (travailler plus pour gagner autant, le plus souvent), n’ont pas permis d’empêcher la fermeture de nombreuses usines, comme le montrent les cas des sites exploités par Bosch à Vénissieux, Continental à Clairoix, General Motors à Strasbourg ou Dunlop à Amiens. La mondialisation, c’est aussi la concurrence juridique et fiscale, avec holdings, délocalisations des business units profitables et même des sièges sociaux (dernièrement Alstom, Lafarge, Publicis et Schneider, suite à des rachats ou des fusions). C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles l’APEC se plaignait que le recrutement des cadres avait lui aussi commencé à stagner en 2014.


Un troisième facteur impacte directement le niveau du chômage. L’austérité ambiante compresse les dépenses publiques, tandis que les hausses d’impôts dépriment la demande générale. Les effectifs de la fonction publique, rongés depuis le milieu des années 1990 et aujourd’hui à l’os pour la plupart (hors collectivités locales), n’absorbent plus l’excédent de chômeurs. À l’échelle de l’Europe, l’Institut des syndicats européens a mesuré que l’austérité avait coûté dix millions d’emplois, et pas seulement dans l’industrie. Depuis le deuxième trimestre 2014 en France, le commerce, l’un des principaux moteurs de l’emploi, a commencé à détruire des postes. Cause majeure de l’austérité, l’euro est lui aussi mis au banc des accusés, mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

Le couplet de la dette publique suit de près celui du chômage dans le lamento du déclin économique de la France. Là encore, les chiffres donnent le vertige. L’être humain a du mal à concevoir ce qu’il se passe au-delà de quelques millions. Qu’on sache simplement que le déficit budgétaire annuel courant de l’État ces dernières années (70-80 milliards d’euros environ) se situe quelque part entre trois fois le budget de toutes les régions françaises et la construction de 400 000 maisons à 200 000 euros. La moitié de cette somme est due à la charge de la dette, autrement dit le paiement des intérêts, devenu premier poste de dépense de l’État quand les taux ne sont pas au plancher (autrement, cette somme est à peine devancée par le budget faramineux de l’Éducation nationale et de son million d’agents).


Pour couvrir le remboursement des intérêts de la dette publique, le produit de l’impôt sur le revenu suffit tout juste. On doit alors mobiliser d’autres impôts pour rembourser le capital. Restent des fonctionnaires à payer et des services à faire tourner, alors on emprunte à nouveau, 180 milliards par an. Pierre Moscovici, qui connait bien ces réalités pour avoir dirigé Bercy pendant deux ans, signalait une fois devenu commissaire européen (et en anglais dans le texte) que la France s’apprêtait, selon les prévisions de ses services, à détenir le triste record du déficit budgétaire en zone euro dès l’année 2016.

On peut présenter de nombreuses manières les chiffres de la dette pour mieux les appréhender. Par individu (plus de 30 000 euros per capita, mais plutôt 60 000 par actif), à la seconde (2600 euros supplémentaires, l’équivalent d’un mois du salaire médian français charges comprises), ou sous l’angle de l’anecdote : à l’automne 2014, on apprenait dans le Figaro que « le tribunal de Laval, surendetté, n’a plus d’argent pour payer ses timbres ». Bien loin du prix du timbre, et même calculé en nombre de maisons neuves, le gigantisme de la dette rend l’agrégat global insaisissable.

Que pouvaient déjà bien vouloir dire les 940 milliards d’euros de dette publique française comptabilisés en 2003, la dernière fois que la France a pu dire qu’elle était « dans les clous » des célèbres critères de Maastricht imposant de ne pas dépasser 60% du PIB ? La tendance à l’endettement s’obstinant à s’amplifier, il n’a fallu attendre qu’un peu plus d’une décennie pour que deux seuils psychologiques importants soient franchis : 2000 milliards d’euros de dettes, un chiffre bien rond dépassé à l’été 2014. Il représente 95% du PIB français, mais ce chiffre allant sans cesse croissant, c’est surtout le seuil des 100% du PIB qui fut franchi en juin 2017. On visualise, enfin : la dette, c’est tout. C’est cent pour cent de tout ce que la France produit, de tout ce qu’elle échange, cent pour cent de tout ce qu’elle fait de ses journées qui a été hypothéqué. Et depuis, plus encore. Alors les plans d’économies se succèdent dans l’urgence, comme un naufragé cherchant de l’air dans un océan déchainé. L’ancien président Hollande avait dans cet esprit fait montre de responsabilité par un pacte de cinquante milliards d’euros d’économies, qui inclut notamment trois milliards prélevés dans les hôpitaux, dont 860 millions à trouver sur la masse salariale. L’équivalent de 20 000 postes pendant la durée du quinquennat. L’équipe suivante garde les mêmes formules, et s’apprête même à amplifier le mouvement.

On pourrait encore croire aux vertus de la potion amère si, dans le même temps, les recettes fiscales ne cessaient de plonger. Deux années de suite, Bercy n’a pas été capable de prévoir correctement le rendement des impôts. La Cour des comptes évalua l’erreur de presque 15 milliards d’euros en 2013 et de 12 milliards en 2014, dont la moitié pour l’impôt sur le revenu, pour cause de hausse drastique du chômage. La France est pourtant vice-championne de l’OCDE dans la catégorie « pression fiscale ». Le fait est connu. Les discussions à ce sujet portent d’un côté sur la pertinence de la répartition du fardeau, et de l’autre sur une redistribution jugée insuffisante par les uns et trop généreuse par les autres.

Concernant le premier point, la répartition de l’effort, on notera tout d’abord que les baisses d’impôt des catégories favorisées observées depuis deux décennies ont permis ce que certains économistes appellent le « double dividende » : les plus aisés peuvent prêter à l’État ce qu’ils économisent en impôts. La Cour des comptes fait remarquer qu’avec la multiplication des niches fiscales, c’est désormais 150 milliards d’euros par an qui ne rentrent plus dans les caisses de l’État. La moitié de cette somme (un montant qui suffirait à annuler le déficit public français) est due à des dispositifs mis en place depuis les années 2000. Les impôts continuent pourtant de monter. Mais le total de soixante milliards d’euros de taxes créés par Nicolas Sarkozy et François Hollande ne compense pas les 60 à 80 milliards perdus chaque année au titre de la fraude fiscale, surtout si on les ajoute à ceux de la fraude sociale (santé, RSA, allocations familiales…).

La persistance d’un chômage élevé impacte en outre fortement les dépenses de l’État à travers l’augmentation des prestations. Si l’on analyse la structure du budget de l’État français sur le long terme, entre 1960 et 20103, on s’aperçoit que la montée en puissance de la charge de la dette et des prestations sociales (passées de 35% à 49% du PIB) s’est faite principalement aux dépens de l’investissement (de 9% à 6%) et des frais de fonctionnement de l’Etat (de 41% à 35%). D’autres explications sont possibles à cette explosion de la dette, dont on aura l’occasion de reparler plus loin, comme l’effet « boule de neige », qui la fait naturellement gonfler quand les taux d’intérêts sont supérieurs à l’inflation, une situation vécue par la France depuis le milieu des années 1990 jusqu’à la crise de 2008. L’économiste Michel Husson impute à cet effet un tiers de la dette publique française à cette date. Mais contentons-nous pour l’instant du débat fiscal, car l’inventivité y est décidément sans limite.


Pour certains députés, le déficit de rentrées d’impôts en France est dû pour partie aux sites d’échange entre particuliers. Le Bon Coin ferait perdre à lui tout seul 312 millions d’euros de recettes à l’Etat ! Deux élus socialistes ont alors proposé de « restreindre les ventes de particulier à particulier ». En 2016, le Sénat était sur le point de faire déclarer par ces sites chacune des transactions qui y sont réalisées pour en informer le fisc. Bientôt la taxe sur les brocantes ? Déjà fait ! Un conseil municipal du Sud-Ouest l’a imaginée puis votée le 15 décembre 2010. Devant les protestations, il a décidé de ne pas l’appliquer. L’idée refait surface au printemps 2014, dans une commune du Nord, avec le même résultat. Nous sommes ici à l’échelon local, il s’agissait de faire participer les exposants au salaire des employés municipaux mobilisés de près ou de loin par l’événement. Mais à l’échelle de la commune aussi bien qu’au niveau national, une collection de bouts de chandelles bien alignés n’a jamais fait une politique. Les élus semblent ne plus savoir où donner de la tête.


Pour une écrasante majorité du personnel politique et des commentateurs officiels, la véritable solution à ces problèmes réside simplement et uniquement dans un supplément de croissance. Si l’on ne veut pas commencer le film par la fin, le débat se résume alors au comment. Il serait temps qu’un début de solution soit trouvé, car depuis les 5,5% des Trente Glorieuses, jusqu’à la croissance atone d’aujourd’hui, c’est 1% de croissance que la France a laissé derrière elle à chaque décennie qui passait, au fil de la désindustrialisation du pays (partout en Europe d’ailleurs, Allemagne exceptée) et des cures d’austérité successives. La population augmentant plus vite que le produit intérieur brut du pays, le PIB par habitant n’a fait que baisser depuis 2007, dans un contexte européen hanté par le spectre de la déflation. Une déflation qui fait peur aux économistes car les consommateurs, anticipant la baisse des prix, diffèreraient leurs achats, contribuant à entretenir le mouvement. Huit pays de l’Union européenne, ceux du sud essentiellement, se sont retrouvés en déflation fin 2014. En France, l’inflation pour cette même année a été calculée à 0,1%. On peut expliquer la faiblesse de ce chiffre par la chute du prix du pétrole, mais il reste tout de même difficile à appréhender par une population dont le ressenti moyen est que tout augmente, sauf les chiffres de l’inflation.


Il est d’ailleurs impossible aujourd’hui de croiser le fer autour des chiffres du chômage, de l’inflation ou du PIB sans qu’une voix ne s’élève immédiatement pour contester le bien-fondé de ces indicateurs ou l’honnêteté des calculs. La controverse est ancienne. Jean Baudrillard jugeait dès les années 19804 que la « mystique » du PIB était « le plus extraordinaire bluff collectif des sociétés modernes ». Pourfendeur des « illusions comptables », il dressait le tableau des reproches aujourd’hui couramment adressés au calcul du PIB, comme cette « circularité admirable du positif et du négatif » qui fait vendre de l’alcool puis construire des hôpitaux, polluer puis dépolluer, casser puis réparer, en faisant à chaque fois monter l’indicateur. La délinquance génère du PIB, tout comme les accidents de la route. Travailler pour l’intérêt général aussi, mais ni plus ni moins a priori.


Dès l’origine intégré au tableau de bord de la Comptabilité nationale comme élément clé du « tableau économique d’ensemble » de l’État keynésien des Trente glorieuses, le PIB devait servir à évaluer des politiques macroéconomiques nationales cohérentes. Devenu pur indicateur de richesse depuis que les critères de Maastricht l’ont mis au centre de jeu, son mode de calcul reste l’objet d’une controverse intense. On se souvient des vaines tentatives de lancement d’indices concurrents, comme l’Indice de développement humain (IDH), ou des propositions de modification de son périmètre faites par les économistes Stiglitz, Fitoussi et Sen à la demande du président Sarkozy, avec le même résultat. Revenant sur ces débats, le statisticien Alain Desrosières rappelait que l’étymologie même du mot « statistique » – la science de l’État – indiquait dès l’origine une certaine proximité avec le prince, même si la discipline avait su par la suite s’en émanciper5.


Confrontée à ceux qui s’opposent à la quantification tous azimuts de la société autant qu’à une crise de confiance qui questionne sa fiabilité même, la statistique puise dans ses nombreuses ressources pour sa défense. Car il est vrai que si un indicateur peut être critiquable dans sa conception, la constance de son mode de calcul et la régularité de sa publication rendent malgré tout ses variations significatives. Elles peuvent déformer la réalité, mais la représenteront toujours. Alain Desrosières rappelle les grandes règles qui font la noblesse du métier – une mesure ne doit pas devenir une cible, la statistique doit ouvrir et étayer des débats et non les fermer à grand coups de « résultats indiscutables » –, tout en gardant à l’esprit que la statistique n’est qu’un outil, qui peut servir à libérer comme à opprimer.


Ces derniers temps, son pouvoir libératoire n’a pas vraiment sauté aux yeux. Reprenons rapidement les grands sujets que l’on vient de passer en revue. La présentation des chiffres du chômage, en particulier par la sélection arbitraire de certaines catégories plutôt que d’autres, quelle qu’ait pu être sa légitimité originelle, soulève largement l’incompréhension6. Si l’on additionne toutes les catégories de Pôle Emploi à ceux qui devraient être comptabilisés mais ne le sont pas (comme la moitié des allocataires du RSA, ou beaucoup de ceux qui ont été radiés), on passe alors d’un actif sur neuf au chômage à un actif sur cinq. Les plus taquins osent même annoncer un sur trois, en excluant de leur base de calcul ceux qui ne risquent pas d’être confrontés au chômage ou n’ont de toute façon pas droit aux prestations correspondantes (fonctionnaires, prêtres, professions libérales…). Les limites de ces manières grossières d’évaluer le chômage sautent aux yeux mais elles ont le charme de leur rusticité. Si elles font florès, c’est qu’elles semblent correspondre plus que les chiffres officiels aux observations que les Français font eux-mêmes dans leur entourage. L’épisode déplorable du « bug SFR » à l’été 2013, qui annula d’un trait 50 000 demandeurs d’emploi en catégorie A, aurait bien achevé de décrédibiliser l’indice du chômage de Pôle Emploi, mais sa régularité mensuelle lui confère toujours une aura implacable et il reste malgré tout incontournable.


Qu’en est-il de l’évaluation de la croissance ? Le gouvernement fait d’abord une première prévision pour l’année suivante, disons plutôt une prédiction, toujours surévaluée. On la corrige un peu plus tard par une seconde prévision, plus raisonnable mais toujours optimiste. Puis c’est le chiffre « à chaud », celui que tout le monde retient sur le moment, souvent décevant. Aucune trompette lorsque le chiffre « à froid », produit quelques mois plus tard, vient consolider le résultat réel. L’actuaire et blogueur économique Olivier Berruyer a remarqué que les prévisions faites par les gouvernements français ces dernières années se trompent toujours d’environ 1% entre la première et la dernière étape de cette petite promenade statistique. Au flou de l’élaboration du PIB répond celui de l’inflation des prix. Son calcul est d’autant plus essentiel que la valeur définitive du PIB est en dernière instance « corrigée » par l’inflation. L’enjeu réside dans le choix des biens de consommation qui constituent le panier moyen. Choisir des biens identiques et comparables au fil du temps est devenu presque impossible. Qui décide des besoins et du système de pondération ? On a oublié que pendant les Trente glorieuses, les ouvriers avaient leur indice à eux. Si la statistique est l’objet d’une lutte des classes, on peut donc dire que la bataille est terminée.


Deux exemples outranciers – et choisis à dessein, pourquoi se priver ? – mais hélas bien réels concluront ce court aperçu de l’univers de la statistique. Le premier, un chiffre méconnu, nous est offert par la Cour des comptes, qui s’est proposée de calculer la dette « hors-bilan » de la France. On inclut dans cette catégorie les provisions nécessaires pour les retraites des fonctionnaires et les garanties que l’État s’engage à fournir pour le compte des entreprises et des banques, pour les exportations, pour sauver l’euro, etc. Un joli total de 3 200 milliards d’euros (qu’il faudra payer à coup sûr pour au moins les deux-tiers) à additionner aux 2 300 milliards de dette publique. Mais on avait arrêté de compter il y a bien longtemps, n’est-ce pas ?


Le second exemple est presque plus affligeant encore. C’est de Bruxelles qu’est venue l’idée saugrenue de rajouter la prostitution et le trafic drogue au calcul du PIB de tous les pays de l’Union européenne. Nouveau calcul obligatoire pour tout le monde, qui rajoute 60 milliards d’euros au PIB français en 2010, nouvelle base pour la suite, devenue officielle en 2018. Au passage, le ratio dette/PIB baisse, mais aussi potentiellement le chiffre de la croissance. Sauf si la nouvelle venue, la croissance « noire », venait à compenser. Alors comment la calculer ? Par sondages ponctuels et estimations, répondent nos fins scientifiques. Ces standards sont désormais obligatoires, et les gouvernements peuvent donc désormais officiellement intervenir « au doigt mouillé » sur cette nouvelle partie de leur PIB, eux qui étaient déjà suspectés de le faire par ailleurs. Voilà qui n’est pas de nature à calmer la « crise de confiance » que déplorait Desrosières. L’éminent statisticien faisait d’ailleurs à propos des enquêtes européennes et de l’institut Eurostat la réflexion suivante : « il est possible que de telles enquêtes européennes servent plus à créer, à instituer un espace européen qu’à vraiment le refléter ». Cette controverse sur le trafic et la prostitution a en tout cas démontré que ledit espace européen était justement loin d’être homogène : quand l’Italie s’octroyait avec gourmandise 10,9% de croissance en plus en 2012 au titre de l’économie parallèle, le Royaume-Uni s’effarouchait, concédant péniblement quelques points. Accès de pudibonderie protestante ? Disons plutôt que les Anglais ont toujours surveillé très attentivement leur contribution annuelle au budget de l’Union européenne. Et qu’elle se calcule en proportion du PIB !


On rirait bien volontiers de tout cela si la pauvreté et la précarité n’accablaient pas une part sans cesse plus importante de la population de ce pays si riche et si confortable qu’est la France. Il y a trente ans, la moitié des embauches se faisaient en CDI. Aujourd’hui, presque neuf contrats sur dix sont des CDD, dont les deux tiers durent moins d’un mois. C’est le temps du sous-emploi, des mini-jobs et de l’intérim. Alterner emploi et chômage, dans une intermittence généralisée, est devenu la norme pour une écrasante majorité des salariés de ce pays, et avoir un emploi n’est même plus la garantie d’échapper à la pauvreté. En 25 ans, la part des salaires dans le PIB a chuté de 11%, ce qui représente 200 milliards d’euros par an. Depuis l’an 2000, le nombre de pauvres, qui diminuait jusqu’alors, s’est remis à augmenter jusqu’à totaliser fin 2017 pas loin de 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté selon l’Insee. Le pouvoir d’achat des Français s’érode lentement mais sans discontinuer depuis la crise de 2008 (-4% entre 2009 et 2014), après avoir presque doublé entre 1970 et 2000. Le niveau de vie médian a cessé d’augmenter depuis la même période. La grande étude Fractures françaises7 nous apprend que 83% des Français font attention au budget des courses, dont 29% à un euro près. On le constate dans l’indice du chiffre d’affaire des grandes surfaces alimentaires, qui baisse depuis 2010, ou lorsque la Fédération des centres de gestion agréés signale qu’en 2014 les chiffres d’affaires des secteurs du nettoyage, de l’électro-ménager, des chaussures ou du prêt-à-porter ont tous chuté de plus de 10%. Le budget loisirs est lui aussi en première ligne, qui accuse la même année une baisse de 8%8. Les revenus des Français sont accaparés par l’immobilier dont les prix, à l’achat comme à la location, se sont envolés pendant que les salaires – et les retraites, gelées sous François Hollande puis rognées par Emmanuel Macron) – traînent en route. Malgré 57% du PIB affecté à la dépense publique, Jean-Paul Delevoye, le président du Conseil économique, social et environnemental et soutien d’Emmanuel Macron, expliquait à l’université d’été du Medef en 2014 qu’« on ne pourra pas financer à la fois les retraites et la santé ». C’est en réalité parti pour n’être ni l’un, ni l’autre.


On en croit à peine ses yeux quand la presse se fait l’écho d’un retour de la gale et de la teigne à Marseille, ou de la tuberculose en Seine-Saint-Denis. Les images sépia des bidonvilles des années 1960 avaient été remisées aux archives, et personne ne pensait jamais les revoir. La France renoue pourtant avec la grande pauvreté. Le Secours catholique tire la sonnette d’alarme : « la pauvreté s’intensifie ». Elle s’étend, s’approfondit et s’enracine. La Fondation Abbé Pierre comptabilise près de quatre millions de mal-logés. Tout le monde a oublié que Nicolas Sarkozy avait promis lors de son élection qu’il n’y aurait plus un seul sans-abri à l’issue de son mandat (Emmanuel Macron promettra la même chose). Il valait mieux l’oublier en effet, car l’Insee en a compté 50% de plus sur les dix dernières années, dont 84% supplémentaires pour la seule ville de Paris. Le décompte des morts chaque hiver n’a pas empêché un représentant de la majorité En Marche d’expliquer que la plupart des sans-abris étaient dans la rue « par choix ». Et pourtant, un SDF sur trois travaille, tout comme un « pauvre » sur deux. L’Éducation nationale pointe dans ses rapports la misère quotidienne à laquelle sont confrontés les professeurs, et pas seulement dans les établissements dits « difficiles » : des enfants ont faim, volent des goûters, stockent du pain, ont des problèmes de santé typiques de la grande pauvreté, et les impayés de cantine s’accumulent. Une vision apocalyptique des choses ? Ces quelques éléments ne suffisent évidemment pas à décrire la réalité globale du pays. Toutefois les indices s’accumulent.


Scrutant chaque année depuis 1985 la société française pour sa Francoscopie9, le sociologue Gérard Mermet notait à partir de 2013 que « la crise économique modifie les comportements ». On limite les sorties au restaurant, on délaisse la viande rouge pour la volaille et les « produits dérivés carnés » (boulettes, raviolis, nuggets…) souvent de qualité médiocre, on abandonne l’eau minérale pour revenir à l’eau du robinet, et on part moins en vacances. Il fait l’analyse d’un néoprolétariat engendré par une descente de la « classe moyenne inférieure » le long de l’échelle sociale, il évoque aussi des forces centrifuges qui projettent toujours plus de familles vers les marges. Ce phénomène n’est bien entendu pas limité à la France : la faim est de retour au Royaume-Uni, nous apprend le Monde10, et en Espagne aussi, où selon l’Unicef 11% des enfants en-dessous de dix ans ont été gravement et durablement sous-alimentés pendant l’année 201311.

Envers et contre tout, la majorité des ménages pauvres tient encore à se définir comme appartenant à la « classe moyenne ». Pour le sociologue Christophe Guilluy12, cette catégorie est « un palier sociologique protecteur » sur lequel les classes défavorisées peuvent s’abriter à la condition de ne pas habiter dans un quartier sensible. Mais il signale toutefois que plus du tiers des actifs de la classe moyenne inférieure disent aujourd’hui ressentir « un sentiment d’appartenance à la classe populaire », signe qu’une prise de conscience est en cours. Guilluy précise que ce sont les communes rurales, les petites villes, tout ce qu’il appelle la « France périphérique », qui subissent prioritairement le chômage et la pauvreté. Cantal, Corse, Aude, Creuse, Ardèche, voici les départements les plus pauvres de France, et non la Seine-Saint-Denis industrielle et commerçante, l’un des quinze départements les plus riches en PIB par habitant. « Assignés à résidence » par les prix de l’immobilier, les habitants de ces territoires périphériques subissent de plein fouet la fermeture de l’unique usine du coin, ou de la petite entreprise qui coule sans pouvoir se permettre un plan social. Le sociologue y voit « une contre-société en train de naître », produit d’un « séparatisme social et culturel » qui isole définitivement le rural ouvrier des métropoles mondialisées13. Nous aurons l’occasion d’y revenir. Notons pour l’heure que cette contre-société est aiguillonnée par un sentiment d’injustice et d’impuissance, qui vient heurter son vieux fond égalitaire.

Si la montée des inégalités est avérée à l’échelle mondiale, elle s’articule différemment au sein de chaque pays. Le séparatisme social que nous venons d’évoquer en est un des symptômes en ce qui concerne la France. La montée de la pauvreté en est un autre. Tout d’abord, comme l’a noté l’économiste Thomas Piketty, l’écart entre ceux qui possèdent du capital et ceux qui vivent de leur travail est voué à se creuser tant que le rendement du capital sera très largement supérieur à la croissance. Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz surenchérit en affirmant que l’approfondissement des inégalités est de facto l’une des causes de la détérioration de l’économie et, ajoute-t-il, de la subversion de la démocratie. C’est tout le contraire de l’économie du ruissellement tant vanté par les experts néolibéraux, qui stipulent qu’il est louable de laisser les riches gagner un maximum l’argent, car un jour ou l’autre il redescendra forcément jusqu’en bas de la pyramide. En réalité, assure Joseph Stiglitz, « les richesses qui vont au sommet y vont aux dépens du bas14 ». L’économiste constate une corrélation impeccable entre la hausse des inégalités et le ralentissement de la croissance aux États-Unis. Si l’on applique cette leçon à la France, la croissance ne sera pas de sitôt au rendez-vous.

Qu’on en juge : en 2014, le club des milliardaires français comptait douze membres de plus que l’année passée. Leur patrimoine avait déjà enflé de 25% en 2012, puis de 15% en 2013. Les cinq cent plus grandes fortunes de France ont finalement repris 25% en 2016 et à elles seules, les cent familles françaises les plus riches se partagent au pourboire près le montant des recettes nettes de l’Etat (270 milliards d’euros). En vingt ans, les dix familles les plus riches ont vu leurs patrimoines décupler. En la matière, la crise financière a fait l’effet d’un véritable bouillon de culture, puisque depuis 2008 le nombre de milliardaires a doublé sur l’ensemble de la planète. Une étude de l’ONG Oxfam révélait en janvier 2018 que le 1% des individus les plus riches de la planète avaient capté 82% de la richesse créée l’année précédente, 50% de la population mondiale ne touchant absolument aucun bénéfice de la croissance générale annoncée. De l’autre côté, pour la France, l’Observatoire des inégalités constatait dans un rapport publié le 30 mai 2017 ce qu’il appelle un « retournement historique », puisque sur la dernière décennie, le revenu des catégories les plus modestes de la population a nettement baissé, avec pour conséquence immédiate près d’un million de « pauvres » supplémentaires, dont 800 000 pour les seules quatre dernières années selon les chiffres de la DARES. Plus grave encore, on apprenait par l’Insee qu’en février 2018 l’espérance de vie accusait un écart de 13 ans pour les hommes et 8 ans pour les femmes suivant qu’on appartient aux 5% les plus riches ou aux 5% les plus pauvres de la population française.

La vraie-fausse queue de croissance dont va vraisemblablement bénéficier le président Macron d’ici la prochaine crise financière permettra-t-elle d’infléchir durablement cette tendance ? Il est très largement permis d’en douter. Les seules conséquences certaines en seront le creusement toujours plus profond du déficit commercial de la France, et la montée continue des inégalités qu’elle génère depuis plusieurs années et pour longtemps encore, si rien de significatif n’est fait pour enrayer cette tendance lourde qui voit les salaires stagner pendant que les bénéfices des grandes entreprises et les dividendes sont à un niveau record. Les récents assouplissements du code du travail permettront peut-être, à court terme, un frémissement des chiffres du chômage tant que la croissance durera, mais au prochain coup dur, ils autoriseront des coupes sombres généralisées d’une ampleur jamais vue.

Fatalistes, résignés plutôt que révoltés, les Français peuvent l’être. Comme tous les peuples du monde, ils se sont longtemps accommodés de nombreuses guerres et de quantités de famines, sans pour autant faire de révolution à chaque mauvaise passe. Pour qu’une telle question puisse se poser, il faut partir d’un décalage (« Ce n’est pas la crise pour tout le monde ») qui soit perçu comme irrémédiable (« Lorsque nous essayons de nous en sortir, ils nous tirent à nouveau vers le bas »). C’est bel et bien le cas aujourd’hui, dans la France compliquée des années 2010. Voilà en tout cas le point de départ obligé de tous ceux qui envisagent sérieusement une prochaine révolution française, qui en parlent et qui écrivent sur le sujet aujourd’hui. « Déclin », « régression », voire « décadence » sont désormais les impressions qui ressortent le plus souvent des enquêtes d’opinion, avec « incertitude ». Quelque chose a échoué. La quête de l’égalité, noyée dans l’universalisation du statut de « client empressé et solvable », selon le mot d’Elias Canetti, a bradé le supplément d’âme, le sens donné aux choses, celui qui permet de prendre son mal en patience contre la promesse lointaine d’une efficacité inégalable de la production et de la distribution des richesses. Un compromis qui s’essouffle, comme un rendez-vous manqué avec l’Histoire. En première ligne face à ce bilan, une classe politique discréditée, presque disqualifiée, qui dans un dernier soubresaut a imposé au pays la fusion de son centre, son marais, presque son marécage, derrière la figure hollywoodienne d’un jeune et fringant banquier d’affaires. Une révolte victorieuse des élites qui, à force de mépris et d’arrogance de classe, permettra peut-être l’éclosion de la force contraire et proportionnée, la seule qui rendrait possible un certain retour à l’équilibre.


Notes du chapitre 1.a
1 Le français est la cinquième langue la plus parlée au monde, la deuxième la plus apprise et la quatrième langue d’usage de l’Internet.
2 Rapport de février 2010, cité par Christophe Guilluy (in Fractures françaises, Champs Flammarion, 2013).
3 Source Insee et Direction générale du Trésor.
4 Jean Baudrillard, La Société de consommation, Folio, 1986.
5 Alain Desrosières, Prouver et gouverner, La Découverte, 2014.
6 Qu’elle soit « au sens du BIT » (Bureau International du Travail) ou « faite maison ».
7 Fractures françaises, étude Ipsos/Steria pour le Monde, France Inter, la Fondation Jean Jaurès et le Cevipof, janvier 2014.
8 Baromètre OpinionWay 2014. On notera aussi une autre étude (le Baromètre Vacances Ipsos-Europ Assistance édition 2016) qui affirme que 43% des Français ne partiront pas à l’été 2016, contre 37% en 2015. 20% ne partiront pas du tout de l’année, un record. Un tiers de ceux qui partiront se feront héberger en France. Seuls le tiers le plus riche voyagera à l’étranger.
9 Gérard Mermet, Francoscopie, Larousse, 2012.
10 Le Monde, édition du 7 avril 2015.
11 Etude citée par Jean Ziegler, in Retournez les fusils, Seuil, 2014.
12 Christophe Guilluy, Fractures françaises, Flammarion, 2013.
13 Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, 2014.
14 Joseph Stiglitz, Le prix de l’inégalité, Les Liens qui Libèrent, 2012.

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